Appel de l’ancien ministre M’hamed al-Khalifah à une grâce royale au profit de Bouachrine, Raissuoni et Monjib

24 février 2021 - 04:58

Une troisième année d’emprisonnement

Le pardon, une valeur éternelle de l’Islam

De jour comme de nuit… et jusqu’à ce jour (23 février) on aura volé à notre frère Tawfiq Bouaâchrine trois années de sa vie, trois années passée derrière les barreaux, après avoir été accusé de crimes graves qu’aucun esprit juridique sain, ni aucune conscience libre et honnête n’aurait accepter. Des crimes dont personne n’a été convaincu. Personne n’a cru à la qualification que le pouvoir d’accusation a donné aux actes odieux qui lui sont reprochés. Une cruelle qualification juridique du droit pénal qui lui a valu d’être poursuivi pour la traite des êtres humains.

Que suis-je censé dire aujourd’hui, alors que le sort de notre frère Tawfiq Bouaâchrine a été scellé, sauf ce que je lui ai déjà dit dans la lettre que je lui avait adressé lors de la deuxième année de son emprisonnement. L’amitié qui nous lie me fait donc dire ceci: « Soyez patient et votre patience n’est qu’avec Dieu. Ne vous affligez pas pour eux, et ne soyez pas en détresse de ce qu’ils complotent » … « Ils complotent et Dieu intrigue. Dieu est le meilleur des intrigants ». Délègue ton commandement à Dieu, et sois patient, car Dieu est avec le patient. Dans notre Saint Coran, il y a vingt-sept versets exhortant le croyant à être patient devant les moments difficiles car Dieu dissipe toutes les préoccupations: «Telle est la loi établi par Allah auparavant, et tu ne trouveras pas de changement dans la loi d’Allah ». Après l’affliction, il y aura la délivrance, alors laissez votre espérance grande en Dieu et que cette espérance soit sans limites. Vos amis seront toujours là, ils ne désespéreront point de solliciter les portes d’intercession jusqu’à ce qu’elle soient ouvertes et de chercher les voies éternels du pardon ancrées dans les valeurs politiques et sociales de l’islam ainsi que dans nos coutumes anciennes.

En cette douloureuse occasion qui commémore la troisième année d’emprisonnement d’un ami cher, d’un brillant journaliste connu pour son engagement pour défendre les causes de sa patrie, respectueux et même défenseur des valeurs et des constantes de sa nation, je me retrouve aujourd’hui à un moment où l’espoir s’est mêlé à un désespoir meurtrier, où l’espoir est habité d’une frustration totale, de sorte que nous ne voyons à l’horizon qu’une totale obscurité. Un horizon où nous manquons de boussole et d’une vision claire. Jusqu’à un passé récent, nous répandions de larges espoirs autour de nous, et luttions contre le désespoir pour que les racines de l’espoir restent vivantes et même rayonnantes dans le ciel de notre nation bien-aimée. Pour ouvrir la porte du pardon, et pour revenir à la source pure, je rappelle, à cette occasion, l’importance du pardon dans nos valeurs islamiques éternelles et dans notre histoire nationale.

Le pardon, ce mot magnifique et merveilleux, est mentionné dans le Saint Coran environ trente-cinq fois si ma mémoire est bonne : « Allah est clément et miséricordieux ». Le Prophète Sidna Mohamed avait également, à son retour à la Mecque, pardonné les mécréants qu’il avait condamné à mort. A ces derniers, il avait alors lancé cet appel: «Allez, partez, vous êtes les affranchis», incarnant toutes les significations du pardon dans les valeurs éternelles de l’Islam. Parmi ceux qu’il avait condamné à mort, il y avait, en effet, le poète Kaâb Ibn Zouhaier dont il avait dit: « Ils peuvent tuer même s’ils s’accrochent à la couverture de la Kaaba ». Mais lorsque ce poète est arrivé à Médine pour déclamer son fameux poème « Banat Souâd » (Souâd est apparue), le Prophète n’a pu s’empêcher de l’habiller avec son propre burnous, incarnant par ce geste, une manière de faire qui va au-delà du pardon, à celle du partage du burnous devant les compagnons du Prophète réunis dans la Mosquée du Prophète à Médine. C’était la plus haute déclaration de pardon connue dans nos valeurs et traditions islamiques, une incarnation de la parole du Tout-Puissant: «Acceptez le pardon, ordonnez la coutume et détournez-vous des ignorants.»

Notre maître Omar Ibn Al-Khattab, commandant des croyant, connu pour ses qualités d’homme juste et ses célèbres prises de positions dans l’histoire de l’Islam, n’avait pas peur de dire la vérité. Il avait également, à cet égard, ordonné l’emprisonnement du poète Al Zobrkan Al Husayn Bin Badr dans le but de mettre fin à ses diatribes et à sa propension à insulter les gens. Du fond de sa prison, ce dernier avait, déclamé des vers à la gloire de Omar Bin Al-Khattab:

« Que dites-vous à des petits restés sans récolte n’ayant ni eau, ni arbre,

Vous avez jeté au fin fond d’une sombre demeure leur tuteur qui vous demande pardon. Que la paix de Dieu soit sur vous Omar ».

Omar lui avait alors accordé son pardon, lui qui était connu pour sa sévérité et sa fermeté.

De telles mesures de clémence sont également nombreuses dans l’histoire du Maroc. Feu le roi Mohammed V, que Dieu sanctifie son âme, en était un exemple sincère incarnant l’application du sens et des significations islamiques du mot pardon. Lorsqu’il avait gagné la bataille de l’indépendance, sur le chemin de son retour d’exil, il avait, ainsi, dit au pacha Thami Al-Glawi: « Le passé est le passé, levez vous » à l’instant où le pacha s’est prosterné en France sous les pieds du roi pour lui demander pardon. Ce qui a été fait et nous avait appris, alors que nous étions des adolescents en politique, que le pardon est la plus sévère des vengeances. Le défunt roi Hassan II avait, quant à lui, enlevé son propre burnous et l’avait mis sur les épaules de feu Khatri Ould Joumani dans la ville d’Agadir à l’occasion de la Marche verte. C’était un signal fort, tout comme celui du prophète, qui avait inauguré la construction d’une nouvelle ère, la libération de notre patrie, et la construction d’une unité intégrant aussi bien la terre et l’homme, de Tanger à Lagouira.

On se souvient aussi de feu Hassan II qui avait accordé son pardon au journaliste et militant du parti de l’Istiqlal, le regretté Sidi Mohamed Al-Idrisi Al-Qaitouni, le jour même où celui-ci avait été condamné à la prison par le tribunal de Rabat. Les Chorfas Qaitouni avaient alors trouvé refuge et s’était accrochés au Mausolée Mohammed V. Mais la vérité était ailleurs : Feu Hassan II ne voulait pas de journalistes dans les prisons de son royaume. Cela dit, quelle que soit la manière avec laquelle cette affaire avait été gérée politiquement, l’histoire retiendra que le roi du Maroc avait respecté une valeur politique cardinale, celle du « principe du pardon ».

Le rappel de cette valeur rayonnante de l’Islam me conduit aujourd’hui, mû par un patriotisme sincère et le culte de cette patrie, la seule que nous avons dans ce monde, et que nous voulons qu’elle soit la meilleur des patries et un modèle pour notre Oumma islamique, me conduit à m’adresser à la Très Haute Sollicitude de Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu l’Assiste, en tant que Commandeur des croyants, habilité à accorder le pardon, l’une des valeurs éternelles de Islam et comme Sa Majesté avait souhaité qu’elle soit consacrée dans la Constitution du Royaume, pour que Sa Majesté accorde sa grâce au journaliste Tawfiq Bouachrine, à Soleiman Raissouni et aux personnes en situation similaire, ainsi qu’au professeur universitaire Maati Monjib.

Puisse le Tout-Puissant préserver notre roi, Mohammed VI, lui accorder la santé, la pax et le bien-être, une vie longue et bénie ainsi que la victoire comme alliée. Il est le Tout entendant, et le Tout réactif.

* Ancien ministre et leader du parti de l’Istiqlal.

 

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