Victime d’une campagne de diffamation, Maati Mounjib en appelle à Saad-Eddine El Othmani – Al3omk

Victime d’une campagne de diffamation, Maati Mounjib en appelle à Saad-Eddine El Othmani

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Dans une lettre adressée au chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, L’écrivain et historien Maati Mounjib exprime sa souffrance et dénonce une presse instrumentalisée sans aucun lien avec les principes fondamentaux de la déontologie. Et de préciser avoir fait l’objet d’une trentaine d’articles diffamatoires au cours de ces dernières semaines, suite à un article dans lequel il a relevé “des failles” dans l’affaire du journaliste Bouachrine.

Décrivant un véritable parcours du combattant pour saisir la justice, sans résultat à ce jour, Maati Mounjib interpelle le chef du gouvernement sur “la situation de chaos” qu’il a l’impression de vivre au Maroc. Il appelle le chef de gouvernement à écouter le citoyen qu’il est et à intervenir pour que cela cesse. “Il doit réagir! C’est un honnête homme et il ne peut pas fermer les yeux sur de telles pratiques.

Voici le texte intégral du message:

Je trace ces lignes avec un cœur brisé, après que la vie de ma famille soit devenue un véritable enfer à cause de ce déluge d’articles véhiculant de fausses nouvelles dont l’objectif est de me diffamer ainsi que ma famille. Certains sites électroniques et des journaux papier assez lus opérant pour le compte du pouvoir font dans la calomnie, l’insulte et le mensonge contre la vie publique et privée de ce citoyen qui vous écrit.

Il est regrettable qu’une partie des fonds  publics dont bénéficient des « journaux » électroniques et papier soit gaspillée, dans des campagnes de diffamation qui transgressent non seulement la morale et les valeurs marocaines mais l’éthique de la citoyenneté, contre une personnedont le seul péché est d’avoir une opinion différentede celle du pouvoir. Une opinion qu’il exprime librement et modérément dans les forums sur les droits humains et les médias. Mon seul « crime » est que je cite parfois les noms de certainspuissants et autres hommes forts. Et cela  je continuerai à le faire et je ne reculerai pas devant les pressions et les persécutions.

Monsieur le Chef du Gouvernement, ils ont été trop loin dans l’injure et les offenses, comme s’il n’y a guère de Loi dans ce pays. Loi qui protègerait la décence et la vie des gens contrel’assassinat symbolique. Il s’agit d’une véritable « Siba ». Ils donnent de faux détails qui semblent au lecteur non averti tout à fait factuels en m’accusant d’homosexualité, de consommation de derogues, de détournement de fonds publics et de mineurs etd’avoir des maîtresses. Vous ne pouvez pas imaginer monsieur le Chef du Gouvernement, ils mentionnent même les prénoms des soi-disant maitresses et qui sont parfois des collègues de travail. Imaginez un instant la souffrance de ces femmes et de leurs maris. Ils veulent m’isoler de tous les gensproches, amicalement ou intellectuellement, de moi. Je vous donne un exemple récent : Professeur Mohamed Hafid, patriote connu et reconnu, qui a eu le courage de participer à une table rondesur le journalisme d’investigation que j’ai animée le 24 mars dernier a été abondamment insulté dès le lendemain, photo à l’appui par ces officines du pouvoir. Il a été accusé d’infidélité conjugale et même d’avoir rencontré le soir même, en ma compagnie, l’une des « plaignantes » afin de jouer les médiateurs en faveur de Bouaachrine. Toutes ces « informations » sont bien entendues fausses.

Je suis accusé continuellement et depuis des années, avec ma photo grand format au dessus des articles concernés, de participation à des activités de  proxénétisme, de traiter avec des organisations sionistes et de nier l’holocauste en même temps. Comme vous le remarquez, pour eux la contradiction n’est qu’un détail !

Ils donnent souvent des informations apparemment factuelles et précises mais fausses. Ainsi ils ont dit plusieurs fois que telle ou telle opération bancaire a eu lieu sur mon compte en banque tenu par telle agence, qui porte tel numéro et à telle date etc… Vous vous rendez-compte ? J’ai appris que certains parmi eux ont appris à l’étranger les techniques de la guerre psychologique et de la désinformation. En donnant de telles fausses précisions, ils visent bien entendu à convaincre le lecteur que « l’information » est probablement vraie.

L’objectif est de me salir auprès de tous les courants d’opinion qu’ils soient au Maroc ou en Occident. Ils écrivent que je reçois des sommes d’argent mirifiques du Qatar et des États-Unis, que je ne respecte pas le jeûne, que je vends le pays à l’Afrique du Sud et qu’en un an j’ai empoché deux milliards en provenance de l’étranger. Et plus encore.

Monsieur le Chef du Gouvernement,  tout cela n’est pas l’œuvre de sitesobscurs que personne ne lit. Non. Par exemple, la dernière fausse information précédemment citée (les deux milliards), est  parue au journal Al-Akhbar, dans un article éditorial en caractères gras et signé par son directeur. Un journal  qui se présente comme étant le plus vendu au Maroc. Durant ces dernières semaines, et comme des membres du comité de soutien l’ont pu constater et documenter, j’ai eu droit à une trentaine d’articles diffamatoires. Une vague immonde  soulevée par un court papier, objectif et modéré, sur certaines des violations qui ont entaché le dossier du journaliste Taoufik Bouaachrine.

Cette violente attaque contre ma personne est probablement due à des commanditaires qui ont des positions puissantes au sein du pays. Lesdits commanditaires visent toutes et tous les citoyens libres et qui ont une crédibilité qui agace le régime. Ainsi même si je suis actuellement la principale cible de ces campagnes abjectes, je suis loin d’être le seul :Abdelaziz Nouaydi, Khadija Ryadi, Ali Anouzla, Nasser Zefzafi… sont l’objet des mêmes attaques et supplices publiques.

Monsieur le Chef du Gouvernement,  vous savez que la justice marocaine n’ira pas loin dans la poursuite de ces offenseurs immoraux. Car même quand j’ai frappé à la porte de la Justice d’un pays qui respecte l’indépendance de ses juges, en déposant une plainte contre un site francophone proche du Pouvoir mais disposant d’une adresse IP en France, pays où il répand me concernant les mêmes mensonges qu’il propage ici au Maroc, en réponse à la commission rogatoire, reçue de la  juge d’instruction du Grand Tribunal de Paris, le Maroc avait répondu qu’il ne connaissait ni ce « journal » ni l’identité ou l’adresse de ces « journalistes ». Bien qu’ils soient très connus au Maroc comme en témoignent les premières lettres de leurs noms (M.B, M-C. A. et A.D.).  Alors que faire Monsieur le chef du Gouvernement ? Oui ! que faire ? Y-a-t-il un recours sur cette terre? Vivons-nous dans un véritable pays de Siba, un pays où règne l’impunité en maître absolu? D’aucuns m’ont conseillé de ne plus écrire que sur l’histoire ancienne. Le problème est que mon domaine de spécialisation est l’histoire du temps présent autrement dit l’histoire immédiate. Donc, non je n’arrêterai  pas de m’exprimer étant attaché à mes droits de citoyen. Je me suis toujours exprimé librement du temps de Basri et de Hassan II (et cela m’avait coûté déjà assez cher), et je continuerai à le faire modérément et sans offenser personne. Mais en disant toute la vérité sur l’autoritarisme, la corruption, les violations des droits humains et les hommes puissants.

Monsieur le Chef du Gouvernement, vous pouvez me dire que la diffamation est une maladie de notre temps et qu’elle touche tous les pays non démocratiques. Eh bien non. Juste à côté de nous, le régime algérien, plus autoritaire et plus violent que le nôtre. Cependant, les officines (médiatiques) de ses services ne piétinent jamais à ce point la dignité des Algériens, y compris les opposants les plus radicaux, alors qu’elles s’attaquent parfois violemment aux politiques du Maroc. Cette différence est peut-être due à un brin de fierté nationale gardée depuis la guerre de libération.

Monsieur le Chef du Gouvernement, en l’été 2016 j’avais pris l’initiative d’écrire au Conseiller  Royal, Monsieur Fouad Ali El-Himma, à propos des campagnes de diffamation entreprises à mon égard depuis 2013 et intensifiées après mon élection en tant que coordinateur de l’association Freedom-Now. La réponse à cette lettre viendra peu de temps après,dans le site « kawaliss » sous forme d’insultes et de menaces de mort déguisées si je continuais, disait le site « diffamateur », à manquer de respect(« taqlal lahya ») au respectable Conseiller.

Monsieur le Chef du Gouvernement, j’aurais été indifférent à leurs méprisables campagnes (parce que les Marocains disent que seule la vérité est véritable : Mey Sahilla Sah), si cela ne concernait que ma personne. Car je sais aussi que c’est le prix à payer pour sauvegarder ma liberté et mon franc-parler. Mais des membres de ma famille vivent sous une pression psychologique constante en raison des pressions, des mensonges et poisons diffusés par cette presse jaune« dirigée » qui me fait parvenir parfois par téléphone ses morceaux choisis. Cela dit, je sais que le journalisme et les vrais journalistes n’ont rien à voir avec ce crime permanent.

Monsieur le Chef du Gouvernement,je sais que vous êtes une personne honnête et que vous êtes sensible à l’injustice, et que cela vous  permettra d’écouter la voix d’un citoyen qui a décidé de vous dire publiquement que vous pouviez faire quelque chose contre cette campagne de diffamation aussi abjecte que permanentecontre ma famille et moi-même.

Veuillez accepter ma profonde gratitude et respect.

Signé : Maâti Monjib

Traduit de l’arabe par Sabra Talbi. Revu par l’auteur.

P.S. :

Un dossier  de centaines de pages contenant une partie des articles de diffamation contre moi-même et ma famille sera déposé auprès de votre secrétariat. Je ferai parvenir également le même dossier aux Archives nationales de Rabat et aux plus grandes bibliothèques internationales comme la British Museum Library, afin que cela témoignera à jamais de l’histoire de mon pays, et du niveau moral des hommes forts. Cela  dévoilera  au monde, les méthodes lâches d’assassinat symbolique pratiquées par une puissante tendance autoritaire qui domine mon pays et fait tellement mal à son image à l’étranger.

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